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[ANNULÉ] Enquêter sur la « croisade » anti anti-genre

le 16 juin 2022
17h30-19h30
Conférence du séminaire "Enquêter sur et avec le genre : une discussion interdisciplinaire" avec Sara Garbagnoli et David Paternotte.

 

ANNULATION : Cette séance est reportée sur la prochaine saison du séminaire (rentrée universitaire 2022).


Le genre comme ennemi principal. Formes et succès des mobilisations « anti-genre » en Italie

Par Sara Garbagnoli

Depuis juillet 2013 des vagues de mobilisation « anti-genre » ont été organisées en Italie par des acteurs liés à l’associationnisme catholique et, en particulier, aux groupes anti-avortement et traditionalistes. Comme dans des nombreux autres pays européens, ces protestations ont été activées à la suite de la croisade lancée par le Vatican dès la moitié des années 1990 contre l’emploi du concept féministe de genre et au nom de « la défense de l’Humain ». Dans le dispositif discursif inventé par le Vatican et mobilisé par les acteurs « anti-genre », le genre fonctionne, à la fois, comme la métonymie de toute entreprise de dénaturalisation de l’ordre sexuel, comme étiquette déformante pour constituer un ennemi unique et épouvantable et comme devise de ralliement pour créer un front de mobilisation politique. Pourquoi les acteurs « anti-genre » ont choisi de s’en prendre au genre ? Mon intervention souhaite fournir quelques pistes de réflexion à partir de l’analyse des succès, à la fois épistémiques et politiques, des mobilisations « anti-genre » en Italie.

Le monstre de Victor Frankenstein : les vies multiples de la « théorie du genre »

Par David Paternotte

L’expression « campagnes anti-genre » s’est rapidement imposée pour décrire une nouvelle vague d’attaques militantes et politiques contre l’égalité en matière de genre et sexualité, qui a débuté au milieu des années 2000 et a explosé au cours de la décennie suivante. Dans cette intervention, j’examinerai l’état actuel des campagnes anti-genre en Europe et je passerai en revue la littérature publiée au cours des dix dernières années. En suivant la chronologie de ces campagnes, j’analyserai quatre scènes cruciales pour ces luttes : les églises, les mouvements sociaux, les partis politiques et les états, et j’étudierai la façon dont différents acteurs s’en saisissent dans le cadre de projets qui ne sont pas nécessairement compatibles.
A travers cet exposé, je souhaite montrer que les campagnes anti-genre rassemblent aujourd’hui une grande diversité de projets politiques, portés par des acteurs différents. J’insisterai aussi sur la nécessité de considérer cette pluralité comme constitutive de ce phénomène et j’inviterai à les appréhender comme un kit transnational plastique et hautement adaptable aux conditions locales. Afin de conceptualiser ceci, j’utilise le roman Frankenstein de Mary Shelley. Non pas pour affirmer que les campagnes anti-genre sont monstrueuses mais pour insister sur le fait que, comme le monstre de Victor Frankenstein, elles ne résultent pas de l’ignorance mais d’une certaine érudition et que, de manière encore plus cruciale, comme dans le roman, le créateur ne contrôle plus sa créature, qui mène désormais une vie autonome et émancipée.


Les intervenant·es

Sociologue et féministe, Sara Garbagnoli est chercheuse associée au LEGS (CNRS, Université Paris 8, Université Paris Nanterre). Ses recherches portent sur la théorie féministe, l’analyse du discours et la sociologie des mouvements sociaux. Avec Massimo Prearo elle est l’auteure de La croisade « anti-gender ». Du Vatican aux manifs pour tous (Textuel 2017). Elle a participé aux ouvrages Campagnes anti-genre en Europe. Des mobilisations contre l'égalité dirigé par R. Kuhar et D. Paternotte (PUL, 2018) et Antiféminismes et masculinismes d'hier et d'aujourd'hui dirigé par C. Bard, M. Blais et F. Dupuis-Déri (PUF, 2019). Elle a publié dans les revues Genesis, AG-About Gender, Religion and Gender, Cahiers du genre. Avec V. Ribeiro Corossacz et V. Perilli, elle a aussi traduit et préfacé Sexe, race et pratique du pouvoir de Colette Guillaumin (Sesso, razza e pratica del potere, Ombre Corte, 2020).

David Paternotte est maître de conférences en sociologie à l'Université libre de Bruxelles, où il est aussi vice-doyen aux relations internationales de la Faculté de Philosophie, directeur de l’Institut de Sociologie et co-directeur de STRIGES, la Structure de recherche interdisciplinaire sur le genre, l'égalité et la sexualité. Ses domaines d’expertise articulent genre, sexualité et mouvements sociaux. Après des années de recherches sur les mouvements féministes et LGBTIQ en Europe et au niveau transnational, il a commencé à travailler sur les mouvements anti-genre en 2013. Il s'intéresse depuis peu aux féminismes anti-trans et aux attaques contre la liberté académique. Il a notamment publié Revendiquer le "mariage gay": Belgique, France, Espagne (Universite De Bruxelles Eds, 2011) et dirigé de nombreux ouvrages collectifs, dont The Lesbian and Gay Movement and the State (Routledge, 2011), LGBT Activism and the Making of Europe: A Rainbow Europe? (Palgrave Macmillan, 2014), le Ashgate Research Companion to Lesbian and Gay Activism (Routledge, 2015) et avec Roman Kuhar Campagnes anti-genre en Europe : des mobilisations contre l’égalité (Presses universitaires de Lyon, 2018).

En pratique

Format hybride proposé : En présentiel à la MSH-Alpes ET en visioconférence.
Ouvert à toutes et tous, sans inscription.
Présentiel dans le respect des consignes sanitaires applicables à la date de cette conférence (Pass sanitaire ou autres mesures).

Localisation

Saint-Martin-d'Hères - MSH-Alpes - A distance
Mis à jour le 9 mars 2022