Une institution musicale parisienne en marge de la Cour
La France du troisième tiers du XVIIIe siècle, partiellement illustré par la relativement courte existence du Concert des Amateurs, offre un mélange d'aspects contradictoires dont les plus manifestes sont un développement économique incontestable et une évidente transformation des esprits auxquels s'opposent une monarchie de "droit divin" mais qui gouverne comme en retrait et une vie de cour dont les fastes ressortissent aux "amusements" de l'époque baroque.

Dans le domaine musical, si l'art officiel demeure le vecteur privilégié des derniers ballets et grandes tragédies lyriques du siècle, certains membres éminents de la noblesse dont les plus célèbres, le Maréchal de Soubise et son gendre le prince de Guéménée, prennent leurs distances en s'affranchissant des prérogatives de l'Académie Royale de Musique et de Danse.

À l'heure d'un remarquable développement instrumental tant dans la palette orchestrale que dans les jeux d'orgue, ils donnent libre cours à leur curiosité et à leur besoin d'expérimenter des genres nouveaux pour la plupart instrumentaux. Cette pratique, relativement renforcée depuis les célèbres concerts de La Pouplinière, est le fruit d'une éducation musicale de bon ton, encore très tournée vers les charmes vocalistiques auxquels on se pique d'associer, pour mieux se divertir, les plus récents avènements des formes instrumentales d'Outre-Monts. Nombreux sont alors les Amateurs dont les réunions regroupent dans une même quête du connaître nobles et bourgeois, vrais amateurs et professionnels réputés, parisiens nés ou montés de la province, pour un temps unis dans un élan socialement moins hiérarchisé dans la préparation d'une saison de concerts.

Que l'on ne s'y trompe pas : il ne saurait y avoir dans cet aspect des choses, un indice réel de démocratisation. Le fonctionnement de ces diverses manifestations reste l'apanage de la noblesse et le concert est encore une démonstration du faire voir et du faire-valoir…

… Et cependant, avec le recul du temps, on ne peut s'empêcher d'attribuer à ce Paris en marge de la Cour quelques signes avant-coureurs des bouleversements futurs.

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Sous la direction de Robert Henri Tissot, Camille Bellissant
Ed. MSH-Alpes. Juin 2004
ISBN : 2-914242-15-8 
Langue : français