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De la domination charismatique dans les "années 68" : retour sur une enquête au sein d'un groupe maoïste

Conférence / Culture scientifique, Cycle de conférences Avenue centrale, Recherche

Le 21 avril 2026

Saint-Martin-d'Hères - MSH-Alpes

Avenue centrale s12 : ciel, nuages, panneau indicateur, bâtiment MSH-Alpes

Conférence de Julie Pagis dans le cadre du cycle "Avenue centrale. Rendez-vous en sciences humaines" (saison 12).

Produire un monde meilleur, mais à quel prix ? L’utopie peut-elle s’incarner en une seule personne ? Dans une longue enquête pleine de rebondissements, Julie Pagis exhume l’histoire, ensevelie par le secret, des membres d’une communauté maoïste sur laquelle plane un fantôme. Et éclaire d’un jour nouveau les ressorts du charisme, les mécanismes de la domination, le caractère structurel des violences, notamment de genre, derrière le silence. Des dérives qui transcendent les époques et les générations. Comme un moyen d’éviter que nos rêves ne se terminent fatalement dans le cimetière des utopies ?

Discutante

Une conférence animée par Naïma Ghermani, professeure d'histoire moderne, membre du LUHCIE et directrice adjointe de la Maison des Sciences Humaines Alpes.

Informations complémentaires

Julie Pagis est sociologue et politiste au CNRS, membre de l'IRIS (EHESS, Paris), spécialiste de Mai 68. Autrice de Mai 68, un pavé dans leur histoire. Évènements et socialisation politique (Presses de Sciences Po, 2014), elle travaille depuis vingt ans sur les trajectoires des soixante-huitard·es ordinaires. Également spécialiste de la socialisation enfantine, elle a publié, avec Wilfried Lignier, L’enfance de l’ordre. Comment les enfants perçoivent le monde social (Seuil, 2017).
Lors de cette conférence, elle présentera son dernier ouvrage : Le prophète rouge. Enquête sur la révolution, le charisme et la domination (La Découverte, 2024).

Présentation de l'ouvrage

C’est une histoire militante qui semble typique des milieux maoïstes des années 1970, mais sur laquelle plane un fantôme. 
Nous sommes en 1971, et six couples décident de faire ensemble table rase de leur vie passée au nom de leurs idéaux politiques. Il y a là notamment un ingénieur sortant de Centrale, un ouvrier fils de paysans pauvres, une étudiante en médecine en psychanalyse avec Lacan, un jeune thésard en sémiotique, une fille d’ouvriers espagnols républicains mariée à un révolutionnaire issu de la grande-bourgeoisie belge.  Dans l’effervescence de l’après-68, et suivant les injonctions du président Mao, professées par leur chef, un ouvrier espagnol dénommé Fernando de quinze ans leur aîné, fraîchement revenu d’un séjour de trois ans à Pékin, ils partent « enquêter » dans des foyers d’ouvriers immigrés, puis s’établir comme ouvriers en usine. 
Leur engagement devient total avec l’emménagement collectif du groupe, en 1976, dans un ancien couvent. Dans cette communauté fondée sur l’utopie du « village modèle de Tatchaï », ils expérimentent au quotidien la pensée de Mao. Au gré des incessantes critiques et autocritiques, et de multiples exclusions, la communauté bascule progressivement d’un engagement au service du peuple à une soumission totale au leader du groupe, devenu tout-puissant. Sous l’emprise de Fernando, un couple se déchire, une militante portugaise est « rectifiée », un homme perd la raison, plusieurs membres envisagent l’assassinat de l’un des leurs qui est accusé d’être un traître. L’expérience prend fin au début des années 1980 lorsque le prophète rouge, qui ne vit plus là depuis des années mais continue d’exercer son autorité à distance, déclare leur rendre leur liberté, avant de se volatiliser une fois pour toutes.
Contactée par une ancienne membre du groupe en 2015, et bientôt intriguée par ce Fernando dont ils et elles gardent tou·tes le souvenir d’un homme particulièrement « charismatique », Julie Pagis s’est lancée dans une enquête à corps perdu qui a pris par moment des tournures quasi policières pour éclairer les vastes zones d’ombre de sa biographie. Comment cet ouvrier espagnol n’ayant pas fait d’études a-t-il pu exercer cette autorité sans partage et infléchir durablement la vie des personnes qui l’ont suivi ? 
Des archives administratives à celles des services de renseignement, en passant par les archives judiciaires espagnoles et les archives, inédites et insoupçonnées, du groupe, l’autrice a patiemment reconstitué une histoire qui n’avait jamais été entièrement exhumée jusque-là et sur laquelle planait un silence de plomb. Au fil des chapitres, Julie Pagis nous fait entrer dans le quotidien du groupe où l’on saisit, au ras des sources, les ressorts du charisme, les joies et les peines des encharismé·es, les instruments du pouvoir du leader, et l’enfermement progressif sur un chemin sans issue. 
Mais ce dont elle ne se doutait pas, c’est que cette domination charismatique allait également agir sur elle, à distance et de manière posthume, allant jusqu’à mettre en péril l’écriture de cet ouvrage.
 

Conférence de la saison 12 du cycle Avenue centrale

Partenaires

Cycle de conférences organisé par la MSH-Alpes (CNRS, UGA), avec le soutien de l'Université Grenoble Alpes, Grenoble INP, Grenoble Alpes Métropole, la librairie Arthaud et le magazine Sciences Humaines.

Date

Le 21 avril 2026
Complément date

12h15-13h15

Localisation

Saint-Martin-d'Hères - MSH-Alpes

Complément lieu

Conférence également accessible en direct sur notre chaîne YouTube

En pratique

Ouvert à tous sans inscription.


Retransmission en direct

Avenue centrale, saison 12

Ce cycle de conférences vise à favoriser le partage et la diffusion des idées issues des recherches menées aujourd’hui par les acteurs des sciences humaines et sociales et à créer un lieu d’intersection entre celles et ceux dont le métier est d’édifier des savoirs scientifiques sur la société humaine et leurs concitoyens. L'ensemble des vidéos sont disponibles sur la playlist Avenue centrale (YouTube). 
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Publié le 1 septembre 2025

Mis à jour le 29 septembre 2025