Trois thématiques (lexique politique, langages sensibles, les lieux du politique) structurent l'axe Langages & Politiques. Issues du travail préparatoire des ateliers et du colloque inaugural, elles ne constituent pas des sous-ensembles mais elles sont des lignes, qui se croisent souvent.

Lexique politique

Cette première thématique de recherche n’a évidemment pas pour but d’inventorier ce qui serait « le lexique de la politique », mais suppose que le langage constitue à la fois l’instrument et l’expression de la construction d’une communauté politique. Dès lors, on s’interrogera sur la manière dont se constitue un tel lexique, mais aussi quelles conflictualités il suppose et reconduit. Car, au-delà du lexique même, c’est tel ou tel usage de la langue (graphie, syntaxe, etc.) et tel ou tel média (du codex au SMS) qui constituent le lien politique. Mais ce lien n’est pas sans ambiguïté et peut aussi bien révéler un conflit d’autorités. S’il peut être l’instrument d’un rapport de force (en vue de l’attaque ou de la défense), le lexique est donc aussi le révélateur d’une condition politique du langage, recoupant la distinction souvent opérée entre « la politique » et « le politique ». C’est ce que révèle, en particulier, la fétichisation de termes-clés dont l’indétermination conduit à la cristallisation de malentendus et de conflits (par exemple « république », « souveraineté », etc.).

Langages sensibles

Lors du colloque, cette thématique qui étudie le langage non-verbal en politique s'est révélée plus riche et protéiforme que l'atelier, pourtant foisonnant, ne l'avait suggéré. Langages sensibles repose sur une tétralogie : émotion, corps, opinion, temps qui ouvrent de nombreuses perspectives de combinaison et développement.
Le premier angle d'attaque qui s'est dégagé repose sur la question de l'authenticité. La charge émotive liée au discours, quand elle est exprimée, dévoile l'humanité de celui qui se livre par des larmes, une vibration vocale, une posture. Elle crée au delà des mots un canal de communication avec l'auditoire qui peut toucher ou, au contraire être refusé comme un moyen déloyal de forcer ou de fausser le discours. La "république des émotions" comme l'a définie Alain Faure ouvre une perspective large à plusieurs disciplines, les sciences politiques, les littératures et l'histoire mais aussi la sociologie, la psychologie.
Cette thématique en elle-même met en évidence les mouvements de coalescence qui fondent une opinion : la réception de ce langage non-verbal mais aussi les frémissements d'une foule, les ondes de diffusion et de déformation d'une information politique avec la question de la rumeur, de la colère, des deuils. Tout cela alimente les mouvements collectifs qui fondent autant leur raison d'être sur des revendications que sur des émotions partagées. Ils peuvent également privilégier une expression plurielle appuyant des formules écrites ou orales sur des lexiques non verbaux, images, manifestations, investissement de lieux significatifs, répétition de gestes, monuments mémoriaux plus ou moins pérennes.
Cela engage par conséquent à s'interroger sur, d'une part la spontanéité des émotions collectives ou individuelles, et d'autre part, les mises en scène de cérémonies ou de commémorations libres ou imposées : choix du lieu, choix des slogans, choix de la forme de la chorégraphie. Le caractère unique ou au contraire la répétition rituelle sont autant d'éléments de langages qui soulignent le caractère unique de la conviction exprimée : que ce soit une manifestation à usage unique conçue comme un coup d'arrêt ou un coup de poing symbolique, ou au contraire une commémoration rituelle à date anniversaire.
Le corps tient une place majeure dans les langages politiques non-verbaux, regardé, il incarne le politique, mis à mal ou en scène, il figure la politique. Il sert à exprimer aussi ce qui ne peut être dit. Métaphoriquement, enfin, le corps est un moyen de délimiter et rendre légitime un groupe ou une force politique, que ce soient les grands corps de l'état ou le corps civique ou les corps intermédiaires. Sur ce plan, le corps est un pont entre le lexique et les langages sensibles.

Les lieux du politique

Il peut s’agir à la fois d’établir un panorama et éventuellement, une typologie des lieux dans lesquels prennent place l’action et le discours politique, car la mise en scène ou en acte d’un discours est forcément spatialisée, mais aussi et surtout de montrer comment les lieux appartiennent eux-mêmes pleinement au langage du politique. Une piste de réflexion, déjà classique, est de s’intéresser au langage politique porté par les lieux à diverses échelles, en prêtant attention notamment à la topographie, à l’urbanisme, à l’architecture, aux programmes iconographiques des bâtiments ou espaces publics, aux représentations de ces espaces en particulier dans la mémoire collective, institutionnalisée ou non. Une autre, est de s’intéresser au lieu non plus comme un décor, comme un cadre, comme un ancrage topographique, mais comme un véritable acteur du discours politique. Lorsque le lieu entre en résonnance avec l’action ou le discours politiques, il peut devenir un agent du discours et non plus un simple cadre ou un élément secondaire du discours qui serait porté par les acteurs humains, individuels ou collectifs, du jeu politique.
Ces exemples de questionnement permettent de comprendre ce qui fait la qualification politique d’un lieu, ce qui fait qu’un lieu, devenu commun, se charge d’un sens politique et constitue à son tour une part du langage de la politique.