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La fabrique de l’imaginaire des expéditions dans les Terres australes : pratiques ordinaires et acteurs invisibles des sciences extraordinaires

Séminaire / Recherche, Séminaire Enjeux et perspectives de la culture scientifique

Le 16 avril 2025

Saint-Martin-d'Hères - MSH-Alpes

Photo forêt de bouleaux et texte (titre, date et intervenant) de la séance 4 du séminaire Enjeux et perspectives de la culture scientifique

Quatrième et dernière séance du séminaire « Enjeux et perspectives de la culture scientifique » (édition 2025) avec Igor Babou (Université Paris Cité, LADYSS).

Les sciences et la recherche se résument-elles à des concepts et méthodes, à des savants et des découvertes, à des textes publiés dans des articles scientifiques ? Si les sciences humaines et sociales ont élargi leur analyse des sciences de la nature à leurs institutions, aux contextes politiques, culturels et idéologiques qui les déterminent, aux rapports de genre, aux instruments scientifiques, à l’économie ou encore à la communication de la recherche, il reste cependant un point aveugle de toutes ces approches : les apports des personnels non scientifiques (techniciens et administratifs) à la production scientifique, car on considère encore que leur travail n’a pas besoin d’être étudié pour comprendre la science. C’est surtout dans la littérature militante des années 1970 qu’on a vu apparaître la figure des technicien.nes de laboratoire, et un intérêt pour les secrétariats dans les universités et la recherche, pour le vécu de la hiérarchie, les différences de salaires, la place des femmes, etc., mais aussi la manière dont les technicien.nes contribuent (ou pas) ou sont associé.es (ou pas) à la production des savoirs scientifiques. En dehors de cette littérature non académique, on ne trouve que quelques rares travaux universitaires bien plus tardifs en histoire et sociologie des sciences en Angleterre, aux USA ou en France, qui portent sur les technicien.nes de laboratoire, et leur occultation. D’où l’intérêt d’utiliser le contexte des missions scientifiques lointaines, notamment dans Kerguelen, qui dépendent d’une importante logistique pour analyser le contraste entre une science « extraordinaire » et les pratiques ordinaires qui rendent cette science possible.
C'est pourquoi nous avons choisi de nous concentrer sur un groupe de "VAT" ("Volontaires à l'Aide Technique"), des jeunes gens de formation scientifique mais sans statut académique ni possibilité de publication, partis lors d'une des missions menées aux Kerguelen. Par une série d'entretiens semi-directifs longs, on a étudié leurs pratiques et leur rapport aux sciences et au terrain pour faire apparaître les émergences normatives qui s'organisent au contact sensible avec le terrain, avec les animaux et avec certaines "manips" des programmes scientifiques dont ils et elles sont les exécutant.es. Ces normes d'action implicites, qui relèvent du "care", c'est-à-dire d'une morale du soin au vivant et aux choses, entrent en tension avec l'idéal d'une rationalité scientifique supposée universelle, détachée de tout affect et de toute considération idéologique.

L'intervenant

Professeur des universités en Sciences de l'information et de la communication à l'université Paris Cité, Igor Babou est membre du laboratoire Ladyss (UMR CNRS 7533), un laboratoire de géographie, économie et sciences sociales. Il travaille sur les relations entre natures, savoirs et sociétés, dans une perspective d'écologie politique qui croise ethnographie et sémiotique des discours, du sensible et des interactions. Il s'intéresse aux mobilisations et à l'activisme écologistes, aux pratiques scientifiques et au patrimoine naturel. Depuis février 2020, il mène avec Joëlle Le Marec un programme de recherche sur l’imaginaire, la mémoire et les pratiques scientifiques dans les expéditions scientifiques dans les Terres australes et antarctiques françaises (programme du MNHN Paris dirigé par Frédérique Chlous, laboratoire PALOC UMR IRD MNHN 208).

Références bibliographiques

  • Igor Babou, 2018 (dir.) Dossier « Environnement, savoirs, société », Questions de communication, 32
  • Igor babou, 2008 (dir.) Dossier « Images et sciences », Communication & langages, n° 157, septembre 2008
  • Joëlle Le Marec et Igor Babou, 2015, « La dimension communicationnelle des controverses », Hermès, n° 73, 2005/3, dossier « Communication et controverses », CNRS Éditions
  • Igor Babou et Joëlle Le Marec 2008, Les pratiques de communication professionnelle dans les institutions scientifiques : processus d’autonomisation, Revue d’Anthropologie des Connaissances, Vol. 2, n° 1 2008/1 – Varia, mai 2008
  • Joëlle Le Marec et Igor Babou (dir.), 2005, Sciences, médias et société, Lyon : ENS LSh/Laboratoire Communication, Culture et Société – Actes du colloque à l’ENS LSh, 15-17 juin 2004 (publication électronique : http://sciences-medias.ens-lyon.fr/)
     

Replay de la conférence


 

En pratique

Séminaire ouvert à toutes et à tous, sans inscription.  
En présentiel uniquement. 

Date

Le 16 avril 2025
Complément date

14h00-16h00

Localisation

Saint-Martin-d'Hères - MSH-Alpes

Complément lieu

Amphithéâtre Andrée Michel

Séminaire EPSC

Le séminaire coordonné et animé par Marie-Christine Bordeaux et Mikaël Chambru réunit des chercheuses et des chercheurs en Sciences humaines et sociales (SHS) examinant, dans une perspective critique, le champ de la culture scientifique, sa genèse, ses transformations, ses enjeux actuels et à venir. En savoir plus

Publié le 3 mars 2025

Mis à jour le 2 juin 2025